» Cet homme n’a jamais cessé d’être algérien » Par Ferhat Abbas

Entre Jean El Mouhoub Amrouche et Ferhat Abbas, ce fut une amitié féconde. L’échange épistolaire entre les deux hommes était abondant. L’enfant d’ighi Ali servait de médiateur entre le FLN et le général de Gaulle. Témoignage du premier Président du GPRA.

Jean Amrouche( au milieu) à Tunis avec des dirigeants du FLN dont Abdelhafid Boussouf( à droite de la photo) vers 1960.

[…]La Révolution algérienne ne l’a pas surpris, il l’attendait. L’incompréhension dont faisaient preuve les dirigeants français d’après la guerre à l’égard des peuples sous domination ne lui laissait aucun doute sur l’issue fatale : l’affrontement était inévitable.

Mais si la Révolution algérienne ne l’a pas pris à l’improviste, elle l’a, par contre, déchiré. Mais c’est surtout le 1er novembre 1954 que j’ai pu apprécier l’homme et connaître le drame intime de sa vie. Jean Amrouche était profondément attaché à la France, à sa culture, à son humanisme.

Catholique, il était lié par les fibres de son âme à la spiritualité chrétienne. Mais cet homme n’a jamais cessé d’être algérien. Il était si proche du monde musulman qu’il se penchait sans cesse sur les problèmes qui se posaient à l’islam, comme s’ils étaient ses propres problèmes.

Jean Amrouche était éternellement déchiré. Il semblait porter en lui le conflit de deux civilisations, le drame même de notre peuple soufrant, en marche vers la liberté. Plus que personne peut être, il aura exprimé et subi la suprême épreuve de l’Algérie au combat, la difficulté et la fierté d’être Algérien.C’est pourquoi notre peuple, qui se trompait rarement sur la valeur et la fidélité de ses fils, l’aimait et l’appréciait. Il était fier de lui.

Nous savions parfaitement avec quel courage et quel talent il se battait, sur un terrain qui était le sien, pour que nous, ses compatriotes algériens, puissions acquérir enfin notre pleine dignité d’homme et pour que ses compatriotes français ne perdent pas la leur en poursuivant une guerre injuste et en se refusant de comprendre les aspirations légitimes de tout un peuple qui lui était le sien.

On a reproché à notre ami son gaullisme inconditionnel. En vérité, Amrouche, averti des contradictions du parlementarisme français, savait que seul l’homme du 18 juin pourrait mettre fin à l’absurde guerre d’Algérie. Jean Amrouche avait raison. Aujourd’hui, avec le recul du temps, les hommes de bonne foi ne peuvent porter qu’un seul témoignage: le général De Gaulle est, du coté français, l’artisan de la paix en Algérie.

Hélas, Amrouche n’a pas vu la paix venir. Il est mort au moment ou les forces malsaines ensanglantaient encore notre pays. La vision d’une réconciliation fraternelle et d’une coexistence pacifique, chère à son cœur, lui a été refusée. Il a emporté, avec lui, dans sa tombe, l’horreur des meurtres inutiles et des massacres d’innocents. (…)

Dans cette Algérie indépendante, il nous manque cruellement. Sa place reste vide. D’abord parce que un artiste tel que lui honorait son pays. Ensuite parce qu’après avoir été à la peine et avoir maintenu, coûte que coûte, le contact entre les français et les algériens, souvent a l’échelon le plus élevé, il pouvait servir, dans la paix retrouvée, de trait d’union prestigieux être deux peuples et deux civilisations, destinés désormais à s’entendre[…] »

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