Jean Amrouche, l’éveilleur des consciences

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On le savait un homme aux multiples dons. Après le poète engagé en faveur de l’indépendance de l’Algérie, voici le militant pour la préservation du patrimoine berbère ignoré ou occulté. » J’ai découvert le folklore de mon pays, les monodies de mon pays assez tard. J’avais plus de vingt-cinq ans, et ma mère tomba gravement malade, et je craignis à ce moment-là qu’elle ne disparût sans que je fusse parvenu à  fixer l’essentiel de son héritage. Et l’essentiel de son héritage, c’était un certain nombre de chants dont je me rappelais qu’elle me les avait chantés dans mon enfance, ou bien qu’elle se les chantait à elle-même», dixit Jean El Mouhoub Amrouche, pionnier de la littérature algérienne de langue française, au micro de l’émission L’Œil écoute, à Genève en 1961.Un ensemble d’émissions radiophoniques et de conférences inédites données par le frère de Taos Amrouche entre 1938 et 1961 viennent d’être rassemblées et présentées par Réjane et Pierre le Baut. Intitulé Lumières sur l’âme berbère par un homme de la parole : Jean El Mouhoub Amrouche, cet ouvrage est édité aux éditions du Tell de Blida.

Ces documents conservés dans les archives de Jean Amrouche, Réjane le Baut les a restitués intégralement, accompagnés de ses commentaires. A Radio-Tunis, le jeune poète propose sept émissions patrimoniales et littéraires, sur les chants berbères, et trois émissions orientées vers une réflexion politique sur les rapports entre l’Orient et l’Occident. C’est dans l’une de ces émissions qu’il nommait pour la première fois son personnage emblématique «l’indomptable, l’étrange Jugurtha». Plus tard, il évoquera ce même personnage lors de sa conférence de mai 1944 à Alger et qu’il développera dans le numéro 13 de la revue L’Arche en février 1947. L’éternel Jugurtha, œuvre d’une longue maturation, est son texte le plus célèbre. Pour assurer une plus large réceptivité de ces chants et monodies, Jean Amrouche avait sa propre méthode où chaque émission se structurait par «une présentation de la scène folklorique qui est comme une fable, une traduction française du chant, puis le chant lui-même, a capella, en langue berbère, interprété par sa sœur, Marie Louise Taos», détaillent Réjane et Pierre Le Baut pour qui ces émissions connurent un grand succès. S’ensuivront, à l’ORTF, d’autres émissions «Des idées et des hommes» (450 au total) qui s’étalèrent sur une dizaine d’années.

Il fut le premier à avoir invité à la Radio française le jeune auteur algérien, Kateb Yacine, pour son roman Nedjma qui venait de paraître. L’enfant d’Ighil Ali reprend ses conférences sur la poésie berbère, à Casablanca, dès 1952, dans le cadre de l’alliance française, puis à Paris, de septembre 1953 à novembre 1954, moins d’un mois après le début de l’insurrection algérienne, au cours d’une assemblée de la société européenne de culture, et enfin à Genève en 1961, quelques mois avant son décès, chez son amie Vera Florence qui l’enregistra.
«Ce sont des textes où Jean Amrouche se livre sans fard, (…) s’exprime en poète, en parfait connaisseur et en empathie avec son milieu ancestral (…) Il continue de manifester son double souci de ne pas séparer le combat culturel de l’engagement politique», notent les auteurs du livre de 138 pages.

Libérée, sa verve poétique lui inspire des poèmes tels que Ebauche d’un chant de guerre, le combat algérien, la préface la révolution et la poésie sont une seule et même chose, d’Henri Kréa et Tunisie de la grâce. «Poète, orateur né, intellectuel lucide, courageux, il a mis ses talents au service de l’Algérie quoi qu’il lui en ait coûté et à ses risques et périls (…) Il a agit avec les mots, ‘‘ces armes miraculeuses’’», comme le disait son contemporain et ami Aimé Césaire. A Ighil Ali, ses concitoyens ont apposé sur le mur de son école une plaque sur laquelle on pouvait lire «Jean Amrouche-écrivain et patriote (1906-1962)», signe de la cohérence de sa pensée, de son œuvre, interrompue trop tôt, et de son action politique.

Hocine Lamriben

PS: article publié dans les colonnes du quotidien algérien El Watan ( 16 juin 2012 )

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