Jean Amrouche, un intellectuel qui, 50 ans après sa mort, dérange toujours

( De gauche à droite) Jean Amrouche en compagnie de Rédha Malek et Sadek Moussaoui à Evian

Aussitôt annoncé, le projet d’implantation d’’une stèle dédiée à la mémoire du patriote et célèbre homme de lettres algérien Jean El Mouhouv Amrouche (1906-1962)  n’a pas été du gout de la famille dite « révolutionnaire ». Sous un fallacieux prétexte de l’ambiguïté du combat anticolonialiste de cet écrivain pourtant fortement engagé contre la France coloniale,  l’Organisation nationale des moudjahidines ( anciens combattants) de Bejaia  s’est opposée à l’ érection de la stèle à la place centrale du village qui abrite la place des Martyrs.  Mieux encore, elle a  décidé de déposer  plainte contre le président de l’association culturelle Taos et Jean El Mouhouv Amrouche d’Ighil Ali.  Ses tracasseries avec l’administration locale ne vont pas s’arrêter.  Jeudi dernier,  le même président de l’association a été convoqué devant « un conseil de sécurité de la wilaya réuni au grand complet et présidé par le wali lui-même », dénonce  l’association dans une déclaration rendue public ce vendredi. « L’objectif était de faire reculer l’association sur son engagement à réaliser une stèle sur la place publique du village. Ainsi, la situation de paralysie quotidienne que vit la wilaya de Bejaia avec des routes nationales coupées à la circulation, des grèves et des mouvements de contestation sociale répétitifs n’a pas fait réagir cet auguste conseil de la sécurité. C’est la statue d’un poète universel, un humaniste, un homme de lettres, mort il y a cinquante ans, qui le met en état d’alerte », s’inquiète -t-elle.

Cette association, qui défend  la mémoire des Amrouche, brillante famille d’hommes et de femmes de lettres, n’est pas pour autant prête  à se résigner  face aux pressions des uns et aux intimidations des autres. « Nous réaffirmons toute notre détermination à aller jusqu’au bout de notre volonté de réhabiliter la mémoire occultée de Jean El Mouhouv Amrouche », lit-on dans la même déclaration. Elle rappelle avoir «  entrepris, depuis des années, toutes les démarches administratives et juridiques pour donner une assise légale à ce projet de réhabilitation d’un grand patriote injustement exclu du panthéon national ». Toutefois, précise -t-elle, « notre souci constant de légalité n’a pas, pour autant, empêché les autorités et tous ceux qui ont fait de la lutte de libération nationale un fond de commerce de nous mettre constamment les bâtons dans les roues afin de compromettre définitivement ce projet ». Par conséquent,  l’association locale  réaffirme derechef sa « mobilisation de faire aboutir ce projet d’une stèle, conformément aux vœux de notre population, par tous les moyens pacifiques et aucun obstacle, aucune manœuvre d’intimidation ne nous fera reculer ». Et dernier lieu, elle tient à saluer « la mobilisation citoyenne » autour des festivités célébrant le cinquantenaire de la mort du poète et homme de lettres Jean El Mouhouv Amrouche et tous ceux qui se «  reconnaissent dans le combat et les valeurs de Jean Amrouche, afin de faire aboutir le projet d’une stèle à la hauteur de l’hommage que mérite ce patriote ».

Hommage

Comme prévu, et malgré les tentatives de sabordage, l’Association culturelle Taos et Jean El Mouhouv Amrouche maintient son projet, celui de marquer le 50eme anniversaire de la disparition de Jean El Mouhouv Amrouche, décédé le 16 avril 1962 à la veille de l’indépendance de l’Algérie. Organisées en collaboration avec le Café littéraire de Béjaïa et l’étoile culturelle d’Akbou, les festivités auront lieu le 14 ,15 et 16 avril 2012 à Ighil-Ali dans la wilaya de Bejaia.  A cette occasion, plusieurs manifestations sont prévues. Au premier jour, les hôtes du village seront conviés à visiter la maison natale des Amrouche ainsi que l’école primaire qui porte son nom depuis les années 60.  Ils auront également à se recueillir sur la tombe de son paternel Belkacem Amrouche. S’ensuivra dans l’après midi un récital poétique présenté par le café littéraire de Bejaia  et une conférence-débat sous le thème « le retour de Jugurtha », animée par Tassadit Yacine, anthropologue et auteure de plusieurs ouvrages consacrés à l’œuvre politique et poétique de Jean Amrouche. Au second jour, une exposition sur les métiers artisanaux est prévue dans la matinée suivie d’une conférence qui sera animée par Djoher Amhis Ouksel intitulée «  voix d’un homme, voix des hommes, voix d’un peuple ». Des séances de ventes-dédicaces sont, en outre, au programme, au même titre qu’un autre récital poétique présenté par Ahmed Oulahlou. Dans l’après midi, Réjane Le Baut, biographe de Jean Amrouche animera une conférence-débat ayant pour thème «  Jean le nationaliste ».  Le dernier jour sera l’occasion d’un vernissage d’une stèle dédiée à Jean Amrouche. Fils de Jean El Mouhouv et expert reconnu dans l’art africain, Pierre Amrouche, interviendra au cours d’une conférence intitulée « Jean Amrouche, le journaliste inventeur des conversations radiophoniques ».  Enfin, un gala artistique devra clôturer ces trois journées de commémoration. L’éventuelle  présence  de Réda Malek, porte parole de la délégation du GPRA à Evian est annoncée par les organisateurs.  Ces festivités culturelles se veulent une occasion de revisiter son œuvre, son parcours, son combat et son amour pour l’Algérie. Successivement professeur, poète, critique littéraire, animateur de revue,  Jean El Mouhouv était  par dessus tout un écrivain engagé en faveur de la guerre de libération d’Algérie. Outre la volonté d’informer, Jean Amrouche témoigne, exprime sa douleur, celle de son peuple ; il n’en reste pas moins un pourfendeur. Son engagement passionné, il le payera cher : dispersion des amis, rupture avec sa belle-famille et menaces de l’OAS. Ses textes politiques, compilés en grande partie dans « Un Algérien s’adresse aux Français, ou, L’histoire d’Algérie par les textes 1943-1961 » ont été publié en 1994, par Tassadit Yacine. C’est en raison de son implication politique dans cette guerre atroce aux cotés des algeriens, « ses frères de sang »  que l’inventeur des entretiens littéraires radiophoniques a été renvoyé de l’ORTF en 1959 sur ordre de Michel Debré, premier ministre à l’époque.  L’auteur de « L’eternel Jugurtha »  a servi d’intermédiaire entre les instances du GPRA et le général de Gaulle et la France. Cinquante ans après sa disparition, cet algérien universel, comme le qualifiait Mohamed Dib, reste méconnu en Algérie ou son nom est banni . Pas de trace de son apport littéraire et politique ni dans les manuels scolaires ni universitaires. Point d’évocation parmi les nationalistes algériens.  Lui , qui pourtant, a consacré, sa vie  pour une seule cause : l’Algérie.

Jean Amrouche( au milieu) à Tunis avec des dirigeants du FLN dont Abdelhafid Boussouf( à droite de la photo) vers 1960.

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