Entretien Exclusif avec Pierre Amrouche, fils de Jean El Mouhouv Amrouche:

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Expert reconnu en art africain, Pierre Amrouche évoque ici son père Jean El Mouhoub et sa tante Marguerite Taos.

  »  Jean était militant politique, Taos était militante culturelle« 

 

-  Quelle place occupe votre père dans le monde littéraire ?

Jean Amrouche reste très connu et apprécié en France surtout pour ses entretiens radiophoniques avec André Gide, Paul Claudel, François Mauriac et Guisseppi Ungaretti, tous publiés et édités en disques. Ils repassent presque chaque année sur France Culture. Son action politique était connue à l’époque de la guerre d’indépendance par ses articles de presse nombreux, republiés à L’Harmattan à Paris et préfacés par Tassadit Yacine.

-  Comment vivait-t-il sa double appartenance culturelle et quelles étaient ses relations avec de Gaulle ?

Mon père vivait sa double appartenance avec difficulté surtout en période de guerre où chaque camp voulait le récupérer. Il est resté jusqu’à sa mort fidèle à ses idées de tolérance et justice. Jean Amrouche respectait de Gaulle. Celui-ci avait de l’estime pour lui, mais de Gaulle pensait avant tout aux intérêts de la France et Jean Amrouche à ceux de l’Algérie ; c’était donc une relation conflictuelle et ambiguë.

-  Il ne croyait pas en une Algérie française. Des amis à lui étaient virulents à son égard, notamment Camus. Comment a-t-il vécu cela ?

Les massacres de mai 1945 ont prouvé que seule l’indépendance assurerait la sécurité aux Algériens et que le système colonial était arrivé à son terme. Au fil des années, le cercle de ses amis se rétrécissait. Camus et beaucoup d’autres refusaient l’idée d’une Algérie algérienne. Seul Jules Roy est resté son ami jusqu’au bout, avec aussi Robert Barrat et quelques intellectuels

-  Pourquoi, selon vous, Jean et Taos ont-t-ils été les seuls parmi leur fratrie à apprendre le kabyle et entreprendre le recueil du patrimoine oral ?

Tous les enfants Amrouche parlaient kabyle. Mon père parlait aussi l’arabe et l’italien. Seuls Taos et lui étaient des intellectuels engagés pour la culture berbère, les autres frères avaient d’autres passions. Ils étaient parfois en concurrence, Taos lui attribuait une grande influence dans la monde des lettres et croyait qu’il aurait pu l’aider plus. Je ne sais pas si elle avait raison. Ils avaient des talents différents et des engagements politiques d’un autre ordre. Jean était plus militant politique, Taos était plus militante culturelle. Plus les textes seront disponibles en Algérie, et plus les Algériens sauront qu’ils étaient de vrais militants. Je fais de mon mieux pour que tous les textes de mon père soient accessibles et je désire regrouper les manuscrits dans un lieu unique, peut-être en Algérie si le gouvernement algérien montre un intérêt. Ma cousine Laurence, de son côté s’occupe très fidèlement de l’œuvre de sa mère Taos.                 

  Par Hocine Lamriben

NB: Entretien parue sur El Watan en date du 20 novembre 2008 sous le titre « talents et engagements« 



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