32e anniversaire de la disparition de Magueritte Taos Amrouche

Il y a 32 ans disparaissait la soprano et romancière algérienne  Marguerite Taos Amrouche

Une voix et une plume subliminales 

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Elle a écrit les douleurs de l’exil. Elle a chanté de sa voix gutturale la passion du terroir. Elle, c’est Taos Amrouche, romancière algérienne d’expression française.
Trente-deux ans se sont déjà écoulés depuis sa disparition. Son souvenir reste inaltérable. Elle est souvent associée à l’interprétation de ses étranges litanies ancestrales berbères. Son héritage romanesque reste, cependant, peu connu.


Issue d’une famille kabyle de confession chrétienne, Marguerite Taos Amrouche, fille de Fadhma Ath Mansour et de Belkacem Amrouche, est née, en Tunisie, le 4 mars 1913. Elle descend d’une lignée de récitants de la tradition orale kabyle, les «clairchants». Originaire d’Ighil Ali, en Petite Kabylie, sa famille émigre en terre tunisienne en quête de pitance. Baignée dans une double culture, berbère et française, Taos autant que son frère aîné Jean El Mouhoub Amrouche, lui aussi grand intellectuel, grandit entre le souvenir mythique du pays abandonné -toujours ravivé par ses parents- et la réalité douloureuse de la terre d’accueil.
Elle obtient son brevet supérieur à Tunis, en 1934, avant de se rendre à Paris pour continuer ses études. L’internat de

la IIIe République des jeunes filles de Fontenay-sous-Bois ne l’agrée guère.
Elle rentre à Tunis, son vrai faux bercail.
  

Taos, une voix profonde et mystique

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En 1937, la sœur de l’illustre Jean El Mouhoub Amrouche offre au public, à Paris, un répertoire de ses chants immémoriaux et mystiques. Le parcours ne fait que commencer. Deux ans plus tard, la providence lui ouvre une porte. Le directeur de
la Casa Velazquez de Madrid, collège où se réunissent artistes et scientifiques français venus étudier la culture hispanique, ébloui par la voix éraillée de Taos au cours d’une présentation de ses chants à Fès (Maroc), lui propose d’intégrer l’école. Mission : étudier sur les chants de l’Alberca, survivances laissées par les Berbères d’Andalousie, entre les VIIIe et XVe siècles. Alors que Taos ne connaît pas un traître mot en espagnol, et encore moins les mystères du solfège, elle se laisse guider, entre 1940 et 1942, par son instinct et son ardeur pour la tradition orale. En terre ibérique, elle se marie avec le peintre André Bourdil pour donner naissance à Laurence Bourdil Amrouche, et elle part en France pour y résider en 1945.
Dans la métropole parisienne, elle rencontre Jean Giono, grand écrivain, et travaille à Radio France, où elle anime des chroniques littéraires en langue kabyle intitulées «Chants sauvés de l’oubli», en 1949, et «Souvenons-nous du pays», de 1957 à 1963, ainsi que «l’Etoile de chance».

Après 1954, Taos ne divorce pas d’avec la scène. Elle y consacre autant de ferveur que d’abnégation. Vient, ensuite, la consécration : Taos obtient le grand prix de l’Académie du disque pour son premier disque Chants berbères de Kabylie en 1967. Elle enregistre, également, la musique du film de Jean-Louis Bertucelli, Remparts d’argile, puis cinq autres disques entre 1968 et 1975.Des sommités littéraires comme Mohamed Dib, André Breton, Léopold Sedar Senghor, Jean Pélegri et Kateb Yacine lui expriment leur admiration. Le public ne fait qu’en redemander : spectacle et concerts à Venise, à Aix-en Provence, à la Havane, à Rabat et, enfin, à Dakar.

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Aux pays de ses origines, l’Algérie, les officiels de l’époque lui refusent l’apparition publique au Festival panafricain, en 1969, de crainte qu’elle ne dénonce la négation faite par le régime à la langue et à la culture berbères. Taos ne se fait pas prier de dire son sentiment d’indignation. «Ils trichent avec eux-mêmes, ils trichent avec l’histoire, les dirigeants maghrébins qui tentent d’éliminer la culture berbère… Nos bijoux sont exposés, nos poèmes, contes et chansons sont répertoriés partout ailleurs à l’étranger. A quoi serviront, alors, vos lois et discours ?» écrit-elle dans une tribune parue dans le journal français le Monde du 19 juillet 1969. 

Taos, une plume écorchée vive   

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Parallèlement à cet héritage artistique, Taos Amrouche a légué à la postérité une œuvre romanesque diverse et foncièrement autobiographique. Une œuvre jusque-là méconnue par le large public. Elle a publié trois romans de son vivant. Le premier est Jacinthe noire (1947). Il dit le déracinement de Reine, personnage principal, venue dans un internat à Paris, et le conflit existant entre le désir d’intégration face à l’assimilation.


Le second roman est Rue des Tambourins, publié en 1960, qui narre l’enfance et l’adolescence d’une jeune fille, Kouka, vécues dans une famille kabyle chrétienne en terre d’exil, en Tunisie.
Le troisième roman, Amant imaginaire, édité en 1966, est le récit douloureux de la solitude et la blessure de l’incompréhension de l’autre. L’héroïne, Amena, trouve, cependant, l’apaisement dans l’écriture et le chant. Ce roman n’a pas vu le jour en raison d’un refus éditorial de Jean Giono, son ami. Le dernier roman de Taos, Solitude, ma mère est publié à titre posthume en 1995. La solitude d’une femme singulière et les plaies d’une famille en exil sont passées au sas. A ce lot regroupé dans Moisson de l’exil, Taos recueille de la bouche de sa mère des chants et des contes anciens qu’elle consigne dans le Grain magique. L’écriture de Taos Amrouche est portée sur la recherche d’une réflexion universelle sur l’identité multiple et les implications intellectuelles de personnes sujettes aux conflits de ces mêmes identités bariolées. «Oui! J’avais beau avoir les pieds teintés de henné, les joues fardées et les lèvres rougies à l’écorce de noyer. Je connaissais déjà ce sentiment d’être exclue des cercles magiques que je ne retrouve pas au milieu de nos compagnes musulmanes ou françaises. J’étais seule de mon espèce. Aussi loin que je remonte dans mon souvenir, je découvre cette douleur inconsolable de ne pas pouvoir m’intégrer aux autres, d’être toujours en large», dit-elle, résumant son hybridité de double appartenance. Décédée le 2 avril 1976 à Saint-Micehl l’observatoire en France, Taos Amrouche attend d’être pleinement réhabilitée dans son pays d’origine. La faire lire et la faire entendre est le meilleur des hommages, affirme Denise Brahimi.  
                                                           

  Par Hocine Lamriben

NB. Article paru sur les colonnes du journal La Tribune le 02 avril 2008 

 

 

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