Recueillement sur la tombe Fadhma Ait Mansour Amrouche

 

 

Les Berbères de France ne veulent pas oublier…

 

18602e9dfe2c01c93bc58b26b4afb080.jpg Tombe ou se repose Fadhma Ath Mansour Amrouche dans la commune de Baillé en Bretagne.

Commune de Baillé au département Ill de Vilaine en Bretagne à 350 Km de Paris. Dimanche dernier. Une journée ensoleillé, et de surcroît pas comme les autres. Quatre bus, partis de Drancy, d’Epinay et Paris, ont de pris le chemin du Nord.

Ils étaient environ quatre cents personnes à se donner rendez-vous pour un pèlerinage sur la tombe de Fadhma Ath Mansour Amrouche, première écrivaine algérienne d’expression française. Des familles kabyles et françaises et des cadres associatifs et d’institutions ont parcouru des centaines de kilomètres pour apporter la preuve de leur attachement viscéral à ce que fut Fadhma, symbole de résistance et de courage infaillibles, malgré une vie parsemée de drames et d’exils. Porté par des bambins, le drapeau tricolore côtoyait le fanion kabyle dans un élan fraternel.

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Chaleureux recueillement sur la tombe de l’auteur « Histoire de ma vie »

Il fallait jouer des coudes pour pouvoir approcher et voir de plus près la sépulture vu le nombre important des visiteurs. Une gerbe de fleurs a été déposée par deux petites filles sur la tombe de l’auteur de Histoire de ma vie dans le recueillement et la communion. Animés d’une flamme incandescente, les présents tenaient à perpétuer l’œuvre de Fadhma, notamment ses proverbes et ses contes. Même des curieux et des citoyens Baillochains se sont mis de la partie.

Une preuve vivante de l’universalité de l’héritage laissé par cette femme que l’on désignait à tort comme « enfant du péché ». Lors de son intervention, M.Olivier Gaigne, maire de Baillé, a estimé que Fadhma Amrouche mérite d’être connue et reconnue. D’ailleurs, une rue porte même le nom de cette dame, originaire de Tizi Hibel et mariée avec Belkacem-Antoine. « Allée Fadhma Amrouche. Poétesse (1882-1967) », pouvait-on lire sur une plaque commémorative. « C’était la plus illustre de nos concitoyens de Baillé, une poétesse talentueuse. Et au delà de sa personne, un symbole d’une rencontre réussie entre la culture française et kabyle », a ajouté le maire.

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De son côté, Mustapha Saâdi, responsable du Comité des Berbères en France (CBF), organisateur de cette louable initiative, a expliqué que ce pèlerinage sur la sépulture de Fadhma est un travail de réappropriation de notre mémoire. « Nous en avons besoin. Nos enfants et nos petits enfants ont besoin de savoir qui ils sont, d’où ils viennent. Connaître leur lignage, cette filiation parentale historique parait indispensable », a-t-il soutenu.

Car, selon lui, cela participe de la construction de l’identité de toute personne. « Être enraciné, savoir d’où on vient, c’est important surtout collectivement », a-t-précisé. Prenant la parole, Khaled Drider de l’association culturelle des berbères en Bretagne a relaté les péripéties de la découverte de la tombe de Fadhma. « C’est une collègue, professeur en histoire-géographie et membre de l’association des berbères en Bretagne qui s’intéressait au pays des Coglès qui nous à fait découvrir la tombe de Fadhma », a-t-il rappelé. Selon lui, cette femme kabyle avait saisi les autorités locales sur la nécessité d’entretenir la tombe de Fadhma. Interpellés, pour leur part, les militants de la culture berbère se sont rendus sur les lieux pour une première visite en 2001. Louis Dubreil, maire de Saint-Brice-en-Coglès et conseiller général du canton a eu également une pensée pour la hardiesse de cette dame. « Je suis heureux et impressionné pour votre ferveur à l’égard de Fadhma. Nous, élus du canton, avons beaucoup à faire pour mieux faire connaître la vie de Fadhma et tout l’enseignement à la population locale. Au moins au niveau du département », a-t-il souligné. Et d’exprimer le vœu de saisir le service communication au département de IIe-et-Villaine pour une meilleure connaissance de Fadhma. Autre intervenant, M.Philipe Moisan, poète et chanteur breton, a indiqué que le rêve consiste en la rencontre entre Bretons et de Kabyles à travers des cérémonies ou des visites pour partager des moments de communion. « Le rêve d’abord, l’intendance suivra », a-t-conclu en paraphrasant le charismatique général De Gaulle.

Ce chanteur a beaucoup fait pour l’entretien de la tombe de Fadhma. Avant de sillonner les allées de ce village paisible sous les airs chaleureux d’une troupe d’Idheballen, des chants du terroir kabyles ont été déclamés à la mémoire de celle qui avait pu sauver de l’oubli des chants, des contes et des poèmes.

Un héritage séculaire qu’elle a eu à transmettre vaillamment à ses enfants dont Taos et Jean. Des extraits forts poignants de l’ouvrage de Fadhma Amrouche, Histoire de ma vie, ont été lus à l’intérieur d’une salle de classe qui s’est avérée trop exigüe pour contenir cette foule rebelle à l’oubli. Des passages qui mettaient en lumière le parcours douloureux de cette femme et la richesse de son legs. M. Nourdine Larab, originaire de Ighil Ali et défenseur ardent du patrimoine amazigh, est intervenu pour inviter toute la communauté kabyle à œuvrer pour la réhabilitation de toute cette famille en tant que famille nationaliste qui a tant donné pour l’indépendance de l’Algérie. Un engagement fort éloquent que tentent de renier certaines forces de l’intolérance . Le pèlerinage s’est achevé devant la maison occupée par la mère de Jean et Taos. Une bâtisse, à l’architecture ancienne, surmontée d’une chapelle et de deux cheminées. « Après avoir fait un passage à la capitale, Fadhma est venue avec sa servante passer quelques temps dans cette maison avant d’aller à l’hôpital Saint-Brice-sur-Coglès pour passer la fin de ses jours. Mais, elle a séjourné pendant trois à quatre années, ici, dans cette maison », a raconté Olivier Gaigne, maire de Baillé.

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Les présents se sont trempés dans des moments de convivialité ineffables aidés en cela par la contribution des chanteurs berbères dont Farid Belkadi et Wahab. Tout le monde s’est mis à la danse et au chant dans le souvenir inextinguible à cette race de clairchantants. « Fadhma n’est pas morte. Fadhma est toujours vivante au fond de nous à travers les chants du terroir kabyle », semble nous dire ces hôtes du pays Coglès.

                                                                                Hocine Lamriben

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