Malek Ouary, le chantre du terroir


  Malek Ouary nous a quittés depuis cinq ans, un certain 21 décembre       2001, dans un anonymat affligeant. Inhumé à Argeles-Gazot en France, l’enfant d’Ighil Ali et son œuvre, même peu abondante, demeurent méconnues du large public.      Retour sur l’itinéraire de l’un des piliers des la littérature algérienne d’expression française. Malek Ouary est née le 27 janvier 1916 à Ighil Ali, village des Aït Abbas dans la wilaya de Bejaïa. Après des études primaires au village natal il poursuit ses études universitaire à Alger ou il devient par la suite journaliste à Radio-Alger. Son activité journalistique, riche au demeurant, lui a permis de s’imprégner du patrimoine culturel berbère dans le domaine de la danse, le chant, la poésie, la musique et les contes.
      C’est ainsi qu’il a commencé à recueillir les productions orales kabyles avant de regrouper grâce à son travail de reporter, 17 reportages consacrés à l’immigration sous le titre les chemins de l’immigration, en 1955.A son époque, il était loin d’imaginer qu’un « indigène » puisse mettre sa plume aux services d’un journal français. Plus qu’un passionné de la tradition orale, Malek Ouary a également versé dans l’écriture romanesque comme l’atteste d’ailleurs bien son premier roman, Le grain dans la meule, en 1955 devenu un classique de la littérature algérienne.
      C’est l’histoire d’une vendetta, comme il en existe un peu partout dans le monde. Idir commet un meurtre sur la personne de Akli. Pour échapper à la vengeance, il s’enfuit et se réfugie dans la région du Sud. Ne supportant pas son exil, Idir décide de revenir au pays bravant la mort. Le père d’Akli refuse d’aller venger son fils tué mais propose à Idir l’opportunité de rester en vie. La condition ? changer d’identité et renier sa famille. Dans ce roman, Ouary décrit l’abondance de la nature et l’opiniâtreté des hommes à vouloir défricher des terres abruptes.
      Un véritable hymne à la dure condition montagnarde. Emmanuel Roblès dira du roman : « Il me semble distinguer à travers le dialogue de Malek Ouary les qualités authentiques d’un dramaturge. De toute façon, le récit est conduit avec fermeté » Etabli en France à partir de 1958, Il y poursuivit sa carrière de journaliste et d’écrivain en publiant une brassée de poèmes kabylies, sous le titre Poèmes et chants de Kabylie (1974) et un second roman La montagne aux chacals ( 1981). Une œuvre pleine de vérité qui s’inscrit dans la réalité de la guerre de 1939.
      Malek Ouary revient au crépuscule de sa vie avec un nouveau roman en 2000 aux éditions Bouchéne, La robe kabyle de Baya 
La prise de conscience chez Ouary     

  Jeune étudiant à Alger, Malek Ouary a été sevré de sa culture et de sa langue maternelle par l’ostracisme et l’exclusivisme du système scolaire colonial français de l’époque. « On m’ y envoyait en quelque sorte pour y désapprendre ma langue afin de m’initier à une autre » (Poèmes et chants de Kabylie.1974 /13) .Il faut souligner que la lecture de Chants berbères de Kabylie, une autre œuvre monumentals de Jean El Mouhoub Amrouche, a été pour lui l’illumination qui lui fit prendre conscience de la nécessité d’utiliser la langue de Molière pour la sauvegarde et la vulgarisation de la culture berbère.
      L’auteur de Le grain dans la meule craignait, autant que
Jean Amrouche, la disparition fatidique du patrimoine berbère. L’enfant d’Ighil Ali a concentré toute son énergie, d’ailleurs, sur la quête et la collecte de documents à l’instar des enregistrement des chorales féminines dans sa région natale et la traduction de contes et de poèmes.
      Par ailleurs, Malek Ouary raconte dans son dernier interview accordé au mensuel Izuran dans son édition de septembre 2001, que dans « Le grain dans la meule » « L’histoire, je l’ai situé ailleurs. Comme cadre spatial principal, j’ai choisi mon village d’Ighil Ali, dont je connais parfaitement la structure. Puis, Touggourt, un coin de désert qui m’est nullement étranger pour avoir effectuer maints reportages. Bien entendu, sur ce plan, j’ai agi en tant que romancier. J’ai transposé des images, opéré des transfigurations à desseins…Mais tout ce travail de fiction ne sert qu’à canaliser l’évènement authentique qui forme la trame du livre ».
      Publié en 1956, quelques années après l’avènement de La colline oubliée de
Mouloud Mammeri, ce livre a suscité des interviews à la radio et à la télévision françaises. Dans les colonnes de la même publication, Malek a exprimé sa déception suite à l’adaptation de son roman au cinéma en Algérie par le cinéaste Mohamed Ifticène sans qu’il soit informé. Ouary avoue en ce sens : « Je n’ai jamais vu le film. Mais d’après la presse, ils ont réalisé un film comme bon leur semble, comme si le livre était leur propriété. Mohamed Ifticéne est allé jusqu’ à changer la fin de l’histoire authentique disant qu’il la trouvaient » inadmissible, car pour eux cette vengeance « n’existait pas chez les Kabyles ».
      Ils déclarent , sans vergogne, que « Malek ne peut être que chrétien », il ne put donner une solution chrétienne à la fin de l’histoire. Evidemment, l’issue de l’histoire est fondamentalement d’inspiration kabyle. Interrogé sur ses véritables liens avec la langue berbère, Malek Ouary dira en substance : « La langue berbère constitue le réceptacle de toute une culture, de toute une vie, de vivre et de penser. J ’y suis très attaché, sans pour autant être contre le fait que l’on s’instruise dans d’autres langues. » Attentif aux soubresauts qui secouent la société algérienne, Malek Ouary publiait parfois des contributions dans la revue Awal que dirigeait autrefois
Mouloud Mammeri en compagnie de Tassadit Yacine.

 

Hocine Lamriben

NB: article parue sur La Dépêche de Kabylie – 21 décembre 2006

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Classé dans Ecrivains et romanciers

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